Hotel de ville

personages associés à l'édifice


Un projet de mairie monumentale élaboré en l'an VIII de la République (1800) n'ayant pas abouti, la municipalité fit élever, en 1811, un simple corps de bâtiment d'un étage, à clocheton central, dont des photographies anciennes nous ont conservé le souvenir. 

  • Louvrier de lajolais auguste en tant que "maître de l'oeuvre",
  • Genuys charles (architecte)
  • Leclerc alfred (maître de l'oeuvre)
  • Weerts jean-joseph (peintre)
  • Motte henri-paul (peintre)
  • Trinocq abel (peintre)
  • Bourgeois urbain (peintre)
  • Noël tony (sculpteur)
  • Thabard adolphe-martial (sculpteur)

Un projet de mairie monumentale élaboré en l'an VIII de la République (1800) n'ayant pas abouti, la municipalité fit élever, en 1811, un simple corps de bâtiment d'un étage, à clocheton central, dont des photographies anciennes nous ont conservé le souvenir.

​Malgré l'incommodité des locaux au fur et à mesure que s'accroissaient les tâches de la municipalité, il fallut attendre qu'Alfred Fournier riche propriétaire rentier limougeaud, décédé sans descendance le 24 juillet 1875 le leg à la ville, en 1873, pour que celle-ci estime avoir les ressources nécessaires à la construction d'un hôtel de ville moderne.

Un concours fut ouvert le 1er novembre 1877 et eut pour lauréat l'architecte parisien Charles-Alfred Leclerc (1843-1915).

L'inauguration eut lieu le 14 juillet 1883.
L'architecte a conçu un édifice inspiré de l'ancien hôtel de ville de Paris, mêlant les styles de la fin de la Renaissance et de l'époque Louis XIII, selon la solution habituelle depuis les années 1860 pour ce type de programme.
Les hautes toitures d'ardoise, en pavillon ou à croupes, individualisent trois corps de bâtiments dominés par un campanile central en structure métallique et zinc ornemental.
​La façade principale, marquée par l'importance des vides, est animée d'une modénature élaborée (colonnes engagées, moulures, balustrades) et ornée des portraits, en mosaïque vénitienne, de quatre célébrités limousines.

Les matériaux associent le granite limousin du soubassement au calcaire poitevin de l'étage et de l'intérieur.
Le décor sculpté est dû à Tony Noël (les deux figures du fronton) et au limougeaud Adolphe-Martial Thabard.

Pour le décor intérieur on a fait appel aux peintres Henri-Paul Motte (panneaux historiés de l'escalier d'honneur représentant Léonard Limosin dans son atelier et la réunion de la vicomté de Limoges au royaume de France sous Henri IV ) , Abel Trinocq, Jean-Joseph Weerts et Urbain Bourgeois (plafonds des différentes grandes salles).

L'extension du bâtiment sur l'arrière date des années 1960.

La fontaine du square, financée pour la plus grande partie par l'État, a été construite en 1893.
Dessinée par l'architecte Charles Genuys, sur une idée du directeur des écoles nationales des arts décoratifs, Auguste Louvrier de Lajolais.
Elle a été réalisée en granite, bronze et céramique grand feu, avec la participation des professeurs et des élèves de l'école de Limoges.

Alfred Fournier n'a jamais entretenu de rapports particuliers avec la municipalité de Limoges.

Rentier, propriétaire de biens immobiliers, d'actions à la Banque de France et à la Compagnie des Chemins de Fer d'Orléans, il fait, à sa mort en 1883, don de ses biens à la ville.
Le conseil municipal présidé par René Pénicaud prend la décision de construire un hôtel de ville.
Cette décision ne fait pourtant pas l'unanimité.
Certains se battent pour un théâtre, d'autres souhaitent l'aménagement de place d'Orsay.
Après moult discussions, les conseillers municipaux se mettent d'accord pour la construction d'une mairie.
L'architecte est recruté sur concours.

Leclerc est retenu
C'est finalement Charles-Alfred Leclerc qui décroche le marché. Élève de Questel, architecte du domaine de Versailles, Leclerc est, au moment du concours, inspecteur des bâtiments civils. « On retrouve ce type de mairie, dans les arrondissements parisiens et à Vichy », explique l'historien Michel Kiener.
L'architecture est un peu lourde avec ses chapiteaux corinthiens et ses frises Renaissance. L'échelonnement en hauteur, monte à un campanile. Il n'est pas sans rappeler les beffrois du nord.

Michel Kiener y voit une traduction architecturale de la devise de Gambetta : « La République gagnera par les villes ».
Structures vides, les mairies ont pour vocation d'asseoir la crédibilité des élus.
Le peuple doit s'accaparer ces châteaux de la démocratie, symbole des libertés arrachées par le peuple. D'où ce « Liberté, Égalité, Fraternité » qui accueille tous ceux qui franchissent le seuil. La mairie de Limoges traduit bien l'esprit de la III e République et rend hommage à ses gloires locales.

Les gloires locales honorées
Le chancelier d'Aguesseau, ministre de la Justice sous Louis XV, représente l'État de droit.
Il évoque le triomphe de la loi sur le despotisme des rois.
Il a donc droit à son médaillon.

Sur la façade apparaît Pierre Vergniaud.
Ce Girondin incarne une République tolérante et modérée.
L'intérieur du bâtiment est creux. À l'époque il n'y avait que quelques bureaux, ceux de l'état-civil et des pompes funèbres.

Les services municipaux n'existent pas encore. Comme dans tous les palais, le pouvoir se situe à l'étage.
Les trois salles revêtent un caractère solennel pour que le peuple prenne conscience de l'autorité de la société municipale.
La France d'Offenbach est certes joyeuse, mais elle ne plaisante pas avec ses valeurs.

Messages subliminaux
La salle des mariages en témoigne. La République est hantée par la dénatalité et le manque de moralité de la classe ouvrière.
Celle-ci ne connaît pas l'école de Jules Ferry.
Alors on envoie sur les fresques des messages subliminaux.
Sur un écusson gravé sur une cheminée on peut lire cette phrase : « Là où est la fidélité, là où est l'amour ».
Au plafond de la salle de mariage, l'épouse se voir remettre l'alliance à la main droite.
Et l'image est renvoyée par le miroir du fond et montre qu'elle reçoit l'anneau de la main gauche.

Dans le salon bleu, siégeait autrefois le conseil municipal.
Dans ce « saint des saints » de la République se retrouvent là encore les personnalités marquantes de la ville comme Jourdan, Vergniaud, d'Aguesseau et… saint Martial.
Car la ville républicaine assume les armoiries du Moyen-Âge.

On peut même lire au-dessus : « Je mets mon espoir en Dieu ».
La mairie dispose de salle des fêtes où on festoie lorsqu'un ministre ou une personnalité marquante se déplace.
La mairie de Limoges a ses parties invisibles. La charpente en forme de coque de bateau renversée est une merveille.

Jean-François Julien