1905

Les événements

Les événements de 1905, grèves, lock-out des patrons porcelainiers, émeute sanglante, ont fortement marqué la mémoire limougeaude.

Les causes en furent diverses, mais on retrouve toujours mis au premier plan le conflit entre les ouvriers et des contremaîtres jugés trop autoritaires.

Penaud, directeur des ateliers de peinture chez Théodore Haviland, est accusé d’avoir tenté d’abuser des jeunes ouvrières qui lui sont subordonnées.

Quant à Jean-Baptiste Sautour, chef-mécanicien chez Haviland, on lui reproche d’avoir fait renvoyer un ouvrier qui avait fait enterrer civilement son enfant.

Fondamentalement, les conflits sont liés au développement et à la concentration des usines : c’en est fini d’une certaine atmosphère familiale et paternaliste.

L’encadrement doit veiller à ce que la réduction du temps de travail, pourtant bien mal appliquée dans les manufactures de porcelaine, ne nuise pas à la production : accélération des cadences, contrôles stricts des entrées et des sorties de l’usine… la colère se cristallise donc souvent sur les Penaud ou les Sautour, et ce d’autant plus violemment lorsque leur attitude porte atteinte à l’honneur de l’ouvrier ou de l’ouvrière..


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Les peintresses

​Il était une fabrique
Porc'lainière de son métier
La têt', avenue de Poitiers
Mais l' coeur, à la Martinique,
Ousqu'un amoureux farceur
Rêvait du droit du seigneur
​Mais, ces bich'un peu farouches,
Au fait de toutes les couleurs,
Et abîmées de douleur,
Par un procédé si louche,
Supplièrent le syndicat
Qu'il les en débarassât !
​Il était une fabrique
Porc'lainière de son métier
La têt', avenue de Poitiers
Mais l' coeur, à la Martinique,
Ousqu'un amoureux farceur
Rêvait du droit du seigneur
​D'zim !…par certain' fausses hanches
Le pauvre était fasciné!
Il fut soupçonné, tout net,
De fair' la traite des blanches
Boum ! ….Allons, frère Jonathan,
Remerciez l'mangeur de piment,
Ou, sur le champ, c'est la grève".
Donc, ce monstre, en défaillance
(- Or, c'est trop s'apitoyer
Et l'on devrait hongroyer
Tous les contremaîtres de France ! -)
Aux jeunes' à dents d'ivoir'
Offrait sournoisement le mouchoir !
​Pour clore aussi cett' faconde,
Soufflons donc à moussu l'preftt
Un truc pratique et parfait
Qui peut contenter tout le monde:
C'est, à la Bourse du travail,
D'adjoindre un nombreux sérail 27

Chanson à l'éminent Penot

Dans L’Assiette au beurre du 6 mai 1905
Le contremaître Penaud :
« Tas de brutes ! Vous voulez me faire faire la culbute, 

sous prétexte que j’ai culbuté vos femmes !... »


Le père Penot , le mistonneur (bis)
Passe son temps à faire le charmeur
Tous les jours, nous le voyons
Avec la femme de poil à maron

Refrain:

Voilà pourquoi, nous disons
A bas Penot, A bas Penot

Quand une fille vient demander
Du travail pour turbiner
Avant de demander son nom
Il lui touche les nichons
Et si cela lui plaît
Vite, elle est embauchée 26

La Marche des fusillés

Enfin, dans un style plus grandiloquent,La Marche des fusillés , signée Goulesque, qui fut éditée par l'auteur, au bénéfice des chômeurs. Citons les troisième et quatrième strophes:


Le porcelainier demandait
Que l'on respectât sa misère
Au patron qui se refusait
A bien vouloir les satisfaire
Penaud voulait des ouvrières
Car la luxure l'étreignait

S'indignant de pareils marchés
L'amour sacré de la famille
Vibrait au coeur des ouvriers
Crever, mais non livrer nos filles
Jamais des âmes aussi viles
N'animent des porcelainiers.